L'essentiel à retenir
Oui, le laurier-rose est une plante réellement toxique : toutes ses parties contiennent des glycosides cardiotoniques, qui agissent sur le cœur. C'est aussi l'une des plantes qui reviennent le plus dans les appels aux centres antipoison français : 3 814 expositions accidentelles de 2012 à 2021, dont six sur dix en été. La grande majorité restent sans symptôme ou bénignes, mais l'Anses demande de prendre l'avis d'un centre antipoison même sans symptôme. Les gestes : nettoyer la bouche, ne pas faire vomir, ne rien donner à boire, appeler, et le 15 si votre enfant respire mal, convulse ou ne réagit plus.
Temps de lecture : 12 minutes | Sources : Anses, Légifrance, centres antipoison, Centre Antipoisons belge, ameli.fr, Queensland Poisons Information Centre, Pediatric Emergency Care
Août, une location de vacances sur la côte. Le long de la terrasse, une haie de lauriers-roses en pleine floraison, rose vif. Votre fils de deux ans revient de derrière le massif, une fleur écrasée dans la main, un pétale sur la lèvre. Il a l'air ravi. Vous, vous cherchez déjà sur votre téléphone, et la première page qui s'affiche parle de poison mortel.
Le laurier-rose est l'une des rares plantes de jardin courantes qui contiennent un toxique pour le cœur, mais la plupart des expositions d'enfants recensées en France restent sans gravité. Selon le Centre Antipoisons belge, toutes ses parties contiennent des glycosides cardiotoniques, dont l'action sur le cœur est proche de celle de la digitale pourpre. Selon l'Anses, sur 3 814 expositions accidentelles au laurier-rose enregistrées par les centres antipoison entre 2012 et 2021, 11 seulement ont été classées de gravité moyenne à forte. Ces deux réalités ne s'opposent pas : elles expliquent pourquoi on appelle un centre antipoison à chaque fois, sans paniquer.
Pourquoi le laurier-rose est-il toxique ?
Le laurier-rose, Nerium oleander, n'est pas une plante « un peu irritante ». Le Centre Antipoisons belge indique que toutes ses parties contiennent des glycosides cardiotoniques, des molécules qui agissent sur le cœur à la manière de la digitale pourpre, dont on tirait autrefois un médicament cardiaque. Les fiches que l'Anses consacre aux plantes toxiques en cas d'ingestion, publiées en juin 2021, sont tout aussi nettes : la plante « peut être mortelle en cas d'ingestion », « toutes les parties de la plante sont toxiques », et « dans les cas les plus graves, un ralentissement du rythme cardiaque, allant jusqu'à l'arrêt cardiaque, peut également survenir ».
Le droit français en a tiré une obligation. L'arrêté du 4 septembre 2020, applicable depuis le 1er juillet 2021, oblige les vendeurs de végétaux à informer l'acheteur de la toxicité de certaines espèces. Le laurier-rose y figure dans la première catégorie, celle des « espèces pouvant être toxiques en cas d'ingestion », avec trois mentions à transmettre : « Toxique en cas d'ingestion. », « Eloigner des enfants. », « En cas d'ingestion, appeler un centre antipoison ou le 15 ou le 112. » Si vous avez acheté votre laurier-rose en jardinerie depuis 2021, ces informations devaient vous être données au moment de l'achat.
À l'étranger, le centre antipoison du Queensland, service public de santé de cet État australien, classe la plante parmi les « extrêmement toxiques ». Sa fiche, mise à jour en novembre 2024, demande une aide médicale urgente pour toute ingestion et précise que des décès ont été rapportés après des ingestions importantes.
Que disent dix ans de dossiers des centres antipoison ?
En mars 2025, l'Anses a publié l'analyse de toutes les expositions accidentelles à des plantes enregistrées par les centres antipoison français de 2012 à 2021. Le laurier-rose y occupe une place à part. Sa conclusion le classe parmi les expositions les plus fréquentes, juste derrière les arums puis les morelles. Sur dix ans, l'agence compte 3 814 expositions accidentelles au laurier-rose, soit 4,9 % des expositions aux plantes dont le groupe est connu. Une personne sur cinq environ a présenté un symptôme ; la très grande majorité n'en a eu aucun.
| Niveau de gravité | Expositions | Part |
|---|---|---|
| Aucun symptôme | 3 110 | 81,5 % |
| Gravité faible | 693 | 18,2 % |
| Gravité moyenne | 10 | 0,3 % |
| Gravité forte | 0 | 0 % |
| Décès | 1, d'imputabilité douteuse (voir ci-dessous) | moins de 0,1 % |
Les 11 expositions de gravité moyenne à forte représentent 2,1 % des 527 intoxications de ce niveau que l'Anses a pu attribuer à une plante identifiée sur ces dix ans. Le seul décès enregistré mérite d'être raconté tel que l'agence le décrit, parce qu'il circule souvent sans son contexte : il concerne une femme de plus de 60 ans, résidente d'un établissement pour personnes âgées, qui avait ingéré une quantité indéterminée de fleurs. Sa détresse respiratoire a été attribuée à une « probable fausse route et pneumopathie d'inhalation », et l'Anses juge l'imputabilité à la plante « douteuse », « les complications respiratoires n'étant pas en rapport avec la toxicité de la plante ».
| Saison | Expositions recensées | Part du total | Mois le plus chargé |
|---|---|---|---|
| Hiver (décembre à février) | 282 | 7,4 % | Janvier : 118 |
| Printemps (mars à mai) | 666 | 17,5 % | Mai : 256 |
| Été (juin à août) | 2 251 | 59,0 % | Juillet : 851 |
| Automne (septembre à novembre) | 615 | 16,1 % | Septembre : 302 |
| Total sur dix ans | 3 814 | 100 % | Juillet |
Près de six expositions au laurier-rose sur dix ont lieu de juin à août. Juillet et août à eux seuls en concentrent 1 683, presque la moitié du total. C'est la saison où la plante fleurit, où l'on vit dehors, et où beaucoup de familles séjournent dans le sud, là où le laurier-rose borde les terrasses comme les bords de route. Ces chiffres comptent des appels aux centres antipoison, tous âges confondus : une exposition que personne n'a signalée n'y figure pas.
Qu'observe-t-on vraiment chez les enfants ?
Les jeunes enfants sont aux premières loges. Dans le même rapport, l'Anses classe le laurier-rose au troisième rang des plantes en cause chez les moins de 6 ans, avec 4,5 % des 50 615 expositions à des plantes de cette tranche d'âge. Le Centre Antipoisons belge décrit le scénario type : les accidents les plus nombreux concernent l'ingestion de petits morceaux de feuilles ou de fleurs par de jeunes enfants de 1 an et demi à 3 ans. Il ajoute deux phrases qu'il faut lire ensemble : « Une intoxication peut survenir après ingestion de très faibles quantités », et « La plupart des expositions accidentelles n'entraînent pas d'intoxications graves ».
Une étude française récente donne la mesure la plus précise. Publiée en ligne en août 2026 dans la revue Pediatric Emergency Care, elle reprend douze ans de cas d'enfants de 0 à 12 ans exposés au laurier-rose, enregistrés dans la Base nationale des cas d'intoxication. Sur 2 748 enfants, 224 ont présenté des symptômes, soit 8,15 %. D'après le résumé de l'article, les expositions par la bouche ont surtout entraîné des troubles digestifs et une irritation de la bouche et de la gorge, tous de gravité mineure.
Si votre enfant vomit dans les heures qui suivent, dites-le au centre antipoison que vous avez appelé, ou rappelez-le. Notre article sur les vomissements de votre bébé détaille aussi les signes de déshydratation à surveiller chez un tout-petit.
Votre enfant en a mâché : quels gestes faire, dans quel ordre ?
Les consignes des centres antipoison et de l'Anses, que reprend ameli.fr, sont les mêmes que pour toute plante portée à la bouche. Elles tiennent en quelques gestes, et plusieurs réflexes courants sont justement ceux qu'il faut éviter.
- Regardez d'abord votre enfant. S'il ne respire pas, respire difficilement, convulse ou ne réagit plus, appelez le 15 ou le 112 tout de suite, avant toute autre démarche.
- Nettoyez sa bouche. Retirez les morceaux visibles, puis rincez l'intérieur de sa bouche avec un linge humide, comme le recommande l'Anses. Lavez-lui aussi les mains.
- Ne le faites pas vomir. S'il vomit de lui-même, laissez faire : les centres antipoison demandent de respecter les vomissements, pas de les provoquer.
- Ne lui donnez rien à boire ni à manger. Le lait n'est pas un antidote, rappellent les centres antipoison, et ameli.fr précise que ses matières grasses pourraient accélérer l'absorption de ce qui a été avalé.
- Appelez un centre antipoison, même s'il va bien. Pour le laurier-rose, les fiches de l'Anses sont explicites : même en l'absence de symptôme, prenez l'avis d'un centre antipoison. Ameli.fr ajoute que les symptômes peuvent apparaître dans un deuxième temps.
- Préparez les réponses. Le centre vous demandera l'âge et le poids de votre enfant, l'heure, la partie mâchée (feuille, fleur, tige), la quantité approximative, et comment il va maintenant.
- Gardez la plante sous la main. Les centres antipoison demandent quatre photos du végétal : la plante entière, la fleur, une feuille, la tige, avec un objet posé à côté pour l'échelle. Si votre enfant doit aller à l'hôpital, ameli.fr conseille d'emporter les restes de la plante.
- Suivez la consigne qu'on vous donne. Selon le cas, le centre vous rassurera, vous demandera une surveillance à la maison, ou vous orientera vers les urgences.
Faut-il appeler le centre antipoison ou le 15 ?
Le tableau ci-dessous reprend les consignes des sources citées, situation par situation. Il ne remplace pas l'appel : en cas de doute, c'est le centre antipoison qui tranche, et le 15 dès que votre enfant semble en danger.
| Situation | Que faire | Source de la consigne |
|---|---|---|
| Il respire mal, convulse, perd connaissance ou ne réagit plus | Appeler le 15 ou le 112 immédiatement ; le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes | Centres antipoison, ameli.fr, Anses |
| Il a mâché ou avalé un morceau de fleur ou de feuille, et il va bien | Nettoyer la bouche, ne pas faire vomir, appeler un centre antipoison sans attendre de symptôme | Fiches plantes de l'Anses, arrêté du 4 septembre 2020, ameli.fr |
| Il vomit, a mal au ventre ou semble anormalement fatigué après en avoir mâché | Rappeler le centre antipoison ou appeler le 15 ; ne pas provoquer de vomissements | Centres antipoison, Queensland Poisons Information Centre |
| Il a seulement joué avec les fleurs, sans rien porter à la bouche | Lui laver les mains ; centre antipoison au moindre doute sur ce qu'il a fait | Centre Antipoisons belge, Anses |
| Vous n'êtes pas certain qu'il s'agit d'un laurier-rose | Photographier la plante, appeler un centre antipoison : le doute sur l'identification suffit | Anses, centres antipoison |
| C'est le chien ou le chat qui en a mangé | Contacter votre vétérinaire ou un centre antipoison vétérinaire : les centres antipoison humains ne prennent pas en charge les animaux | Centres antipoison, ASPCA |
Une limite qu'il faut dire clairement : ce guide rassemble ce que publient des sources nommées et datées, pour que vous sachiez quoi faire et quoi dire au téléphone. Il ne remplace ni l'avis du centre antipoison ni celui d'un médecin, qui seuls peuvent évaluer votre enfant. Nos gestes de premiers secours pour votre bébé vous préparent aux autres urgences du quotidien.
Que ne disent pas les chiffres ?
Beaucoup de pages affirment qu'une seule feuille de laurier-rose suffit à tuer un enfant. Aucune des sources officielles que nous avons lues ne donne une telle quantité, ni aucune autre. Le Centre Antipoisons belge écrit que la dose toxique dépend de plusieurs facteurs, et qu'une intoxication peut survenir après de très faibles quantités. C'est précisément parce que personne ne peut fixer de seuil que la consigne est d'appeler à chaque fois.
Nous n'avons trouvé, dans les données françaises lues, aucun décès d'enfant attribué au laurier-rose sur la période 2012-2021. Ailleurs, des drames existent : une revue de médecine légale a décrit en 2024 la mort d'un enfant en Inde, 36 heures après qu'il a mangé une feuille de laurier-rose prise pour une feuille de goyavier. Un cas unique ne fait pas une fréquence, mais il rappelle que la plante n'est pas anodine.
Une confusion fréquente brouille aussi les chiffres qui circulent : le laurier jaune, Cascabela thevetia, est une autre plante, cultivée surtout sous les climats chauds. Le centre antipoison du Queensland lui attribue la mort de plusieurs enfants. Ses données ne s'appliquent pas au laurier-rose de nos jardins, et un article qui les mélange exagère le risque du second.
Comment protéger votre enfant d'un laurier-rose, au jardin ou en vacances ?
Aucun texte n'impose d'arracher un laurier-rose quand un enfant arrive. L'arrêté de 2020 demande seulement de l'éloigner des enfants, et l'Anses comme les centres antipoison conseillent de tenir les jeunes enfants à distance des plantes à risque. Quelques aménagements simples font l'essentiel du travail.
- Sortez la plante de la zone de jeu. Un laurier-rose en pot se déplace hors de portée ; une haie se sépare du coin de jeu par un parc, un massif d'autres plantes ou une barrière.
- Ramassez ce qui tombe. C'est notre conseil, pas une consigne officielle : fleurs fanées et feuilles tombées sont à hauteur d'enfant, même quand la plante est haute.
- Ne laissez jamais traîner les rameaux taillés. Après une taille, ramassez tout avant que votre enfant revienne jouer : un rameau coupé reste aussi toxique que la plante.
- Faites le tour du lieu de vacances. Dans une location, un camping ou chez des grands-parents dans le sud, repérez les lauriers-roses en arrivant, comme vous repéreriez une piscine.
- Gardez le nom de vos plantes. Les centres antipoison conseillent de conserver les étiquettes ; le jour d'un accident, savoir dire « laurier-rose » fait gagner du temps.
Le laurier-rose n'est qu'une des plantes de votre extérieur. Notre liste des plantes toxiques de la maison et du jardin passe en revue les autres espèces courantes, notre article sur l'hortensia traite l'autre grande plante des terrasses, et notre guide pour sécuriser une terrasse avec un bébé aide à organiser l'espace de jeu.
Questions fréquentes
Notre équipe répond à vos questions sur l'équipement de votre bébé 7j/7 par email, en moins de 24 heures. Pour une plante mâchée, en revanche, c'est un centre antipoison qu'il faut appeler, pas nous.
Sources
- Anses, rapport d'étude de toxicovigilance : « Expositions et intoxications accidentelles par des plantes. Étude des cas enregistrés par les Centres antipoison de 2012 à 2021 » (saisine 2022-SA-0042, mars 2025). Tableau XI (moins de 6 ans) ; tableau XXIII (gravité) ; tableau XXIV et focus sur les décès ; annexe 6 (ligne « Laurier rose ») ; annexe 13.
- Anses, fiches « Plantes toxiques en cas d'ingestion » (juin 2021), fiche « Laurier-rose ».
- Légifrance : arrêté du 4 septembre 2020 relatif à l'information préalable devant être délivrée aux acquéreurs de végétaux susceptibles de porter atteinte à la santé humaine (JORF du 12 septembre 2020), catégorie 1°.
- Centre Antipoisons belge : fiche « Laurier-rose (Nerium oleander) ».
- Legendre H et al., « Unintentional Exposure to Nerium oleander in Children: A 12-Year Retrospective Study in France », Pediatric Emergency Care, publication en ligne du 17 août 2026, doi:10.1097/PEC.0000000000003672 (résumé).
- Queensland Poisons Information Centre (Queensland Health) : fiches « Pink oleander (Nerium oleander) » et « Yellow oleander (Cascabela) », mises à jour en novembre 2024.
- ameli.fr : « Intoxication par voie orale (par ingestion) » (11 septembre 2025).
- Association des centres antipoison et de toxicovigilance (centres-antipoison.net) : pages « Que faire en cas d'intoxication ? » et « Accidents domestiques », numéros des huit centres.
- FREDON France, plantes-risque.info : fiche « Laurier-rose ».
- Ayyappan S, N A, Toi PC, « Accidental fatal poisoning in a child due to ingestion of Nerium oleander leaf », Forensic Science, Medicine and Pathology, 2024, 20(4), p. 1448-1452 (résumé).
- ASPCA Animal Poison Control Center : fiche « Oleander ».
Dernière mise à jour : octobre 2026




