L'essentiel à retenir
Oui, le monstera est toxique : toutes ses parties contiennent des cristaux d'oxalate de calcium, qui brûlent la bouche dès qu'on les mâche. Cette douleur immédiate limite souvent ce qu'un enfant avale. En France, l'Anses a compté 207 expositions accidentelles au monstera de 2012 à 2021, avec une seule intoxication de gravité moyenne à forte. Les gestes : nettoyer la bouche, ne pas faire vomir, ne rien donner à boire, appeler un centre antipoison, et le 15 si les lèvres ou la langue gonflent ou si votre bébé respire mal.
Temps de lecture : 10 minutes | Sources : Anses, Légifrance, centres antipoison, ameli.fr, Queensland Poisons Information Centre
Un dimanche matin, dans le salon. Votre fille de dix mois a découvert qu'elle pouvait se mettre debout en s'agrippant au pot du grand monstera. Le temps de poser votre tasse, elle a arraché un morceau de feuille et le porte à sa bouche. Une seconde plus tard, elle pleure, la bouche grande ouverte, et recrache. Vous retrouvez des fragments verts sur son menton.
Le monstera est une plante toxique dont l'effet principal est une brûlure immédiate de la bouche, et les cas graves sont rares. Selon le centre antipoison du Queensland, service public de santé de cet État australien, toutes les parties du Monstera deliciosa contiennent des cristaux d'oxalate de calcium : mâchés, ils provoquent une douleur brûlante immédiate et un gonflement des lèvres et de la langue, qui peut gagner la bouche jusqu'à la gorge. En France, sur 207 expositions accidentelles recensées par les centres antipoison entre 2012 et 2021, l'Anses n'a classé qu'une seule intoxication de gravité moyenne à forte.
Pourquoi le monstera brûle-t-il la bouche ?
Le monstera appartient à la famille des Aracées, comme le philodendron, le dieffenbachia ou le spathiphyllum. Ces plantes d'intérieur très répandues ont un point commun : leurs tissus renferment des cristaux d'oxalate de calcium, de minuscules aiguilles qui se libèrent quand on mâche une feuille ou une tige. Au contact de la bouche, elles provoquent une douleur brûlante immédiate. Le centre antipoison du Queensland, dans sa fiche mise à jour en novembre 2024, décrit ensuite un gonflement des lèvres et de la langue, qui peut gagner la bouche jusqu'à la gorge. Il classe la plante comme « potentiellement toxique ».
Cette réaction est à la fois le danger et la protection. Le danger, parce qu'un gonflement important de la langue ou de la gorge peut gêner la respiration ou la déglutition : c'est le signe qui doit faire appeler les secours. La protection, parce qu'un enfant qui ressent une brûlure recrache en général très vite. L'Anses fait la même observation pour l'ensemble des plantes : leur goût désagréable ou piquant limite souvent ce qui est avalé. Selon le centre du Queensland, les nausées ou les douleurs abdominales, voire une forte irritation de l'estomac, ne surviennent que rarement.
Que recensent les centres antipoison français ?
Le rapport de toxicovigilance publié par l'Anses en mars 2025 analyse toutes les expositions accidentelles à des plantes enregistrées par les centres antipoison de 2012 à 2021. Le monstera y apparaît dans les plantes d'appartement : il représente 2,0 % des 10 292 expositions à des plantes d'intérieur, et 1,5 % des 2 853 intoxications, c'est-à-dire des expositions qui ont donné au moins un symptôme. Sur les dix ans, l'agence compte 207 expositions au monstera.
Une seule de ces expositions figure parmi les 527 intoxications de gravité moyenne à forte attribuées à une plante identifiée, soit 0,2 % de cette liste. L'annexe ne détaille pas ce cas. Le rapport cite aussi une étude du Centre Antipoisons belge : en 2022, le monstera y représentait 3,9 % des appels pour des expositions à des plantes, autant que le muguet.
| Saison | Expositions recensées | Part du total | Mois le plus chargé |
|---|---|---|---|
| Hiver (décembre à février) | 42 | 20,3 % | Janvier : 17 |
| Printemps (mars à mai) | 60 | 29,0 % | Mai : 27 |
| Été (juin à août) | 39 | 18,8 % | Juillet : 15 |
| Automne (septembre à novembre) | 66 | 31,9 % | Octobre : 29 |
| Total sur dix ans | 207 | 100 % | Octobre |
Contrairement aux plantes de jardin, qui concentrent leurs accidents l'été, le monstera est une plante d'intérieur : ses expositions se répartissent sur toute l'année, avec un peu plus de cas à l'automne et au printemps. Le mois le plus chargé sur dix ans est octobre. Ces chiffres comptent des appels aux centres antipoison, tous âges confondus ; le rapport ne donne pas l'âge des personnes exposées au monstera.
Votre bébé en a mâché : quels gestes faire, dans quel ordre ?
Les consignes des centres antipoison et de l'Anses, que reprend ameli.fr, valent pour toute plante portée à la bouche. Pour le monstera, la priorité est de surveiller la bouche et la respiration de votre bébé dans les minutes qui suivent.
- Regardez d'abord votre bébé. Si ses lèvres ou sa langue gonflent, s'il a du mal à respirer ou à avaler, appelez le 15 ou le 112 tout de suite : le centre antipoison du Queensland demande une aide médicale urgente dans ce cas.
- Nettoyez sa bouche. Retirez les morceaux de feuille visibles, puis rincez l'intérieur de sa bouche avec un linge humide, comme le recommande l'Anses. Lavez-lui aussi les mains, qui ont touché la sève.
- Ne le faites pas vomir. S'il vomit de lui-même, laissez faire : les centres antipoison demandent de respecter les vomissements, pas de les provoquer.
- Ne lui donnez rien à boire ni à manger. Le lait n'est pas un antidote, rappellent les centres antipoison, et ameli.fr précise que ses matières grasses pourraient accélérer l'absorption de ce qui a été avalé.
- Appelez un centre antipoison, même s'il s'est calmé. Ameli.fr demande d'appeler même en l'absence de symptôme, car ils peuvent apparaître dans un deuxième temps.
- Préparez les réponses. Le centre vous demandera l'âge et le poids de votre bébé, l'heure, la partie mâchée, la quantité approximative, et comment il va maintenant.
- Gardez la plante sous la main. Les centres antipoison demandent quatre photos du végétal : la plante entière, une feuille, la tige, avec un objet posé à côté pour l'échelle. Conservez l'étiquette du pot si vous l'avez.
- Suivez la consigne qu'on vous donne. Le centre peut vous rassurer, vous demander une surveillance à la maison, ou vous orienter vers les urgences.
Faut-il appeler le centre antipoison ou le 15 ?
Le tableau ci-dessous reprend les consignes des sources citées, situation par situation. Il ne remplace pas l'appel : en cas de doute, c'est le centre antipoison qui tranche, et le 15 dès que votre bébé semble en danger.
| Situation | Que faire | Source de la consigne |
|---|---|---|
| Ses lèvres ou sa langue gonflent, il respire ou avale mal | Appeler le 15 ou le 112 immédiatement | Queensland Poisons Information Centre, ameli.fr |
| Il a mâché un morceau de feuille et pleure, mais respire normalement | Nettoyer la bouche, ne pas faire vomir, appeler un centre antipoison | Centres antipoison, Anses, ameli.fr |
| Il a mâché un morceau et semble aller bien | Appeler un centre antipoison quand même : les symptômes peuvent apparaître plus tard | ameli.fr |
| De la sève est entrée dans son œil | Rincer l'œil à l'eau tiède pendant 15 minutes, puis appeler un centre antipoison | Centres antipoison (consigne générale pour une projection dans l'œil) |
| Il a seulement touché les feuilles | Lui laver les mains ; centre antipoison ou médecin si une réaction inhabituelle de la peau apparaît | Centres antipoison |
| C'est le chat ou le chien qui a mâché la plante | Contacter votre vétérinaire : les centres antipoison humains ne prennent pas en charge les animaux | Centres antipoison, ASPCA |
Une limite qu'il faut dire clairement : ce guide rassemble ce que publient des sources nommées et datées, pour que vous sachiez quoi faire et quoi dire au téléphone. Il ne remplace ni l'avis du centre antipoison ni celui d'un médecin, qui seuls peuvent évaluer votre bébé. Si votre bébé vomit dans les heures qui suivent, notre article sur les vomissements de votre bébé détaille les signes à surveiller, et nos gestes de premiers secours pour votre bébé vous préparent aux autres urgences.
Que ne disent pas les sources ?
Plusieurs questions restent sans réponse officielle, et nous préférons le dire. Aucune des sources lues ne donne une quantité de monstera à partir de laquelle un enfant serait en danger. Aucune ne détaille le cas français de gravité moyenne à forte compté par l'Anses. Aucun centre antipoison français ou belge ne publie de fiche consacrée au monstera chez l'humain : le Centre Antipoisons belge ne le cite que dans sa page sur les animaux, parmi les plantes d'intérieur souvent en cause.
Le monstera n'est pas non plus dans la liste de l'arrêté du 4 septembre 2020, qui oblige les vendeurs à informer l'acheteur de la toxicité de certaines plantes. Sa voisine, le philodendron, y figure dans la troisième catégorie, avec cette mention : « Peut provoquer une réaction cutanée anormale, une atteinte des yeux ou des difficultés pour respirer en cas d'ingestion. » Les deux plantes contenant les mêmes cristaux, nous appliquons au monstera les mêmes précautions, en le signalant comme une déduction et non comme une consigne officielle.
Comment garder son monstera avec un bébé qui se déplace ?
Aucun texte ne demande de se séparer d'un monstera quand un enfant arrive. Les centres antipoison conseillent de tenir les jeunes enfants éloignés des plantes à risque, et le moment critique est connu de tous les parents : celui où votre bébé commence à ramper, puis à se mettre debout en s'aidant des meubles et des pots.
- Mettez la plante hors de portée. Un support haut, une étagère fixée au mur, une suspension : l'idée est que votre bébé ne puisse pas attraper une feuille en se mettant debout contre le pot. Un grand pot posé au sol se tire aussi, et peut basculer.
- Ramassez les feuilles tombées. C'est notre conseil, pas une consigne officielle : une feuille au sol est à hauteur de bouche pour un enfant qui rampe.
- Taillez et rempotez en son absence. Une feuille coupée ou une tige cassée libère de la sève ; lavez-vous les mains avant de reprendre votre bébé.
- Gardez le nom de vos plantes. Les centres antipoison conseillent de conserver les étiquettes des plantes d'intérieur ; savoir dire « monstera » au téléphone fait gagner du temps.
Pour passer en revue les autres plantes de la maison, notre liste des plantes toxiques de la maison et du jardin reprend les espèces courantes. Notre guide pour sécuriser le salon avec un bébé aide à organiser la pièce où se trouvent souvent les grandes plantes, et notre article sur l'hortensia traite la plante qui revient le plus sur les terrasses.
Questions fréquentes
Notre équipe répond à vos questions sur l'équipement de votre bébé 7j/7 par email, en moins de 24 heures. Pour une plante mâchée, en revanche, c'est un centre antipoison qu'il faut appeler, pas nous.
Sources
- Anses, rapport d'étude de toxicovigilance : « Expositions et intoxications accidentelles par des plantes. Étude des cas enregistrés par les Centres antipoison de 2012 à 2021 » (saisine 2022-SA-0042, mars 2025). Figures 31 et 32 (plantes d'appartement) ; paragraphe 4.2.2 ; annexe 6 (ligne « Monstera ») ; annexe 13.
- Queensland Poisons Information Centre (Queensland Health) : fiche « Fruit salad plant (Monstera deliciosa) », mise à jour en novembre 2024 (copie publique archivée).
- Légifrance : arrêté du 4 septembre 2020 relatif à l'information préalable devant être délivrée aux acquéreurs de végétaux susceptibles de porter atteinte à la santé humaine (JORF du 12 septembre 2020), catégorie 3° (Philodendron).
- ameli.fr : « Intoxication par voie orale (par ingestion) » (11 septembre 2025).
- Association des centres antipoison et de toxicovigilance (centres-antipoison.net) : pages « Que faire en cas d'intoxication ? » et « Accidents domestiques », numéros des huit centres.
- Anses : « Cet été, à quelles plantes faire attention pour éviter les intoxications ? » (1er août 2022), goût désagréable limitant l'ingestion.
- Centre Antipoisons belge : page « Plantes toxiques pour les animaux ».
- ASPCA Animal Poison Control Center : fiche « Swiss cheese plant ».
Dernière mise à jour : octobre 2026




